ANATTALAKKHANA-SUTTA
La doctrine de "Non-Soi"
"Ce sutta est considéré comme le deuxième sermon du Bouddha; il fut prononcé quelques jours seulement après le premier sermon, à l'intention
des mêmes cinq bhikkhus."
(Môhan Wijayaratna dans Sermons du Bouddha)
Aussi essentiel que le premier "Dhamma-cakkappavattana", sutta des quatre Nobles Vérités, celui-ci expose la doctrine du "Non-soi",
anatta, résolument en contradiction avec la plupart des croyances de son époque, et même actuelles qui soutiennent une âme ou conscience éternelle, ou divine.
Aucun des 5 agrégats (sens, sensation, perception, composition mentale, consciences) qui constituent les individus ne peuvent être conçus comme nous appartenant, et c'est bien là, la voie de la
Libération.
***
Une fois, le Bienheureux séjournait au parc aux Daims, à Isipatana, près de Bénarès (...) Le Bienheureux s'adressa aux cinq
moines et dit:
La forme, ô moines, n'est pas le Soi. Si la forme était le Soi, ô moines, la forme ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité de dire à propos
du corps: "Que mon corps devienne ou ne devienne pas tel pour moi."
Cependant, puisque le corps n'est pas le Soi, le corps est sujet aux maladies et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos du corps: "Que mon corps devienne ou
ne devienne pas tel pour moi."
La sensation, ô moines, n'est pas le Soi. Si la sensation était le Soi, ô moines, la sensation ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité de
dire à propos de la sensation: "Que ma sensation devienne ou ne devienne pas telle pour moi."
Cependant, puisque la sensation n'est pas le Soi, la sensation est sujette aux maladies et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos de la sensation: "Que ma
sensation devienne ou ne devienne pas telle pour moi."
La perception, ô moines, n'est pas le Soi. Si la perception était le Soi, ô moines, la perception ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité
de dire à propos de la perception: "Que ma perception devienne ou ne devienne pas telle pour moi."
Cependant, puisque la perception n'est pas le Soi, la perception est sujette aux maladies et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos de la perception: "Que ma
perception devienne ou ne devienne pas telle pour moi."
La tendance habituelle, ô moines, n'est pas le Soi. Si la tendance habituelle était le Soi, ô moines, la tendance habituelle ne serait pas sujette aux maladies et
l'on aurait la possibilité de dire à propos de la tendance habituelle: "Que ma tendance habituelle devienne ou ne devienne pas telle pour moi."
Cependant, puisque la tendance habituelle n'est pas le Soi, la tendance habituelle est sujette aux maladies et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos de la
tendance: "Que ma tendance habituelle devienne ou ne devienne pas telle pour moi"
La conscience, ô moines, n'est pas le Soi. Si la conscience était le Soi, ô moines, la conscience ne serait pas sujette aux maladies et l'on aurait la possibilité
de dire à propos de la conscience: "Que ma conscience devienne ou ne devienne pas telle pour moi."
Cependant, puisque la conscience n'est pas le Soi, la conscience est sujette aux maladies, et l'on n'a pas la possibilité de dire à propos de la conscience: "Que ma
conscience devienne ou ne devienne pas telle pour moi."
Qu'en pensez-vous, ô moines ? La forme est-elle permanente ou impermanente ? - La forme est impermanente, ô Bienheureux. - Si une chose est impermanente,
est-elle dans le malheur ou dans le bonheur? - Dans le malheur, ô Bienheureux. - Alors, donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le considère,
dire: "Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi ? " - Certainement non, ô Bienheureux.
- Qu'en pensez-vous, ô moines ? La sensation est-elle permanente ou impermanente? - La sensation est impermanente, ô Bienheureux. -Si une chose est
impermanente, est-elle dans le malheur ou dans le bonheur ? - Dans le malheur, ô Bienheureux. -Alors donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on
le considère, dire: "Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi?" - Certainement non, ô Bienheureux.
-Qu'en pensez-vous, ô moines? La perception est-elle permanente ou impermanente? - La perception est impermanente, ô Bienheureux -Si une chose est impermanente,
est-elle dans le malheur ou dans le bonheur? - Dans le malheur, ô Bienheureux -Alors donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le considère, dire "
Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi" - Certainement, non, ô Bienheureux.
-Qu'en pensez-vous, ô moines? La tendance habituelle est-elle permanente ou impermanente? - La tendance habituelle est impermanente, ô Bienheureux. -Si une chose
est impermanente, est-elle dans le malheur ou dans le bonheur? - Dans le malheur, ô Bienheureux. -Alors donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le
considère, dire: "Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi? " - Certainement non, ô Bienheureux.
-Qu'en pensez-vous, ô moines? La conscience est-elle permanente ou impermanente? - La conscience est impermanente, ô Bienheureux. -Si une chose est impermanente,
est-elle dans le malheur ou dans le bonheur? - Dans le malheur, ô Bienheureux. -Alors donc, de ce qui est impermanent, qui est malheur, sujet au changement, peut-on, quand on le considère, dire:
"Cela est mien, je suis cela, cela est mon Soi?" - Certainement non, ô Bienheureux.
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est corps, passé, futur ou présent, intérieur ou extérieur, grossier ou subtile, vil ou excellent, lointain ou proche, tout
ce qui est corps doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon Soi."
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est sensation, passée, future ou présente, intérieure ou extérieure, grossière ou subtile, vile ou excellente, lointaine ou
proche, tout ce qui est sensation doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon Soi."
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est perception, passée, future ou présente, intérieure ou extérieure, grossière ou subtile, vile ou excellente, lointaine
ou proche, tout ce qui est perception doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon
Soi."
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est tendance habituelle, passée, future ou présente, intérieure ou extérieure, grossière ou subtile, vile ou excellente,
lointaine ou proche, tout ce qui est tendance habituelle doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est
pas mon Soi."
Il en résulte, ô moines, que tout ce qui est conscience, passée, future ou présente, intérieure ou extérieure, grossière ou subtile, vile ou excellente, lointaine
ou proche, tout ce qui est conscience doit être considéré, selon la sagesse correcte, comme tel qu'il est, en se disant: "Cela n'est pas à moi, je ne suis pas cela, cela n'est pas mon
Soi."
Considérant les choses ainsi, ô moines, le disciple savant réprouve le corps, il réprouve la sensation, il réprouve la perception, il réprouve la tendance
habituelle, il réprouve la conscience. Lorsqu'il les réprouve, il est sans désir. Lorsqu'il est sans désir, il est libéré du désir. Lorsqu'il est libéré vient la connaissance: "Voici la
libération ", et il sait: "Toute naissance nouvelle est anéantie, la Conduite pure est vécue, ce qui doit être achevé est achevé, il n'y a plus rien qui demeure à accomplir, il n'est plus (pour
moi) de devenir."
Ainsi parla le Bienheureux. Les cinq moines, contents, se réjouirent de la parole du Bienheureux. De plus, pendant le déroulement de ce sermon, la pensée des cinq
moines fut libérée complètement des souillures. A ce moment il y eut six Arahants dans le monde.
Source:
http://fr.wikisource.org/wiki/Sermons_du_Bouddha_-_Chapitre_13_:_La_doctrine_de_non-Soi_%28ANATTALAKKHANA-SUTTA%29
Note : Môhan Wijayaratna dans Sermons du Bouddha traduit les passages suivant
:
"Si une chose est impermanente, est-elle dans le malheur ou dans le bonheur?"
ainsi :
"Si une chose est impermanente, est-elle dans l'état satisfaisant ou dans l'état insatisfaisant?"
De même "la tendance habituelle" peut être traduit par "composition mentale" : sankhara.
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