recit de retraite Vipassana -7
Metta
Le dixième jour.
Comme pour les autres jours, nous commençons l’assise alors que la nuit est encore noire, à 4h30. Pour ce dernier jour, nous recevons lors de la méditation de groupe du matin, les instructions pour méditer sur metta. Metta est l’amour que l’on donne et que l’on partage, sans attachement, sans intérêt et sans désir, c’est un rayonnement d’amour et de compassion que l’on prodigue vers tous les êtres sans discrimination. Ce n’est, ce matin, pas forcément évident pour tous le monde, mais chacun comprend l’importance d’ouvrir son coeur. Ensuite, viens le moment où le silence peut être brisé. Dehors les gens se retrouvent et commencent à discuter. Je suis presque déçu de voir les gens reparler si facilement. Pendant neuf jours, je me suis habitué aux visages silencieux, j’ai fixé leur image dans mon esprit (encore à cause des sankhara). Et à les voir maintenant parler, c’est étrange, leur expression change, leur visage devient autre. Quelqu’un m’adresse la parole : « Alors, comment cela c’est passé ? »
Tout le monde est vraiment heureux, chacun ne peut s’empêcher se sourire. Nous partageons nos expériences, nous discutons principalement à propos des sensations perçues (intenses, subtiles, étranges, étonnantes, innombrables, ...), et de la méthode générale pour porter notre attention au corps.
En discutant, je m’aperçois que les anciens élèves sont revenus pour poursuivre leur pratique et pour retrouver le sentiment de paix que l’on éprouve avec vipassana, dans un environnement protégé. La majorité des participants sont des jeunes trentenaires comme moi. Parmi les nouveaux élèves, quand on leur demande pourquoi ils sont venus ici, ils répondent le plus souvent que c’est à la suite du conseil reçu d’un ami. La plupart ne sont pas « bouddhistes », ni disciples (savaka) de Bouddha, mais sûrement vivent-ils en accord avec la Loi universelle (le Dhamma). J’ai été touché par la sincérité et la façon dont certaines personnes partageaient leur expérience, notamment lorsque un Brésilien vivant au Japon raconta qu’il avait pleuré pendant une heure, lorsqu’il avait enfin « rencontré et compris ce que représentait le Dhamma pour lui ».
A propos de l’expérience que nous avons vécue ici, Goenka dit que nous sommes dans les mêmes conditions que les renonçants, les bhikkhu (moines). Pour quelques jours, nous avons renoncé à tout, nous acceptons la nourriture que l’on nous offre, nous n’avons pas de distraction et nous nous entraînons selon un emploi du temps bien rempli (ce dernier point n’est pas une obligation pour les moines). Goenka nous propose la lecture de la prise de refuge, à un niveau autre que superficiel. Lorsque nous prenons refuge, habituellement nous disons « dans le Bouddha ». Il ne s’agit pas de se réfugier « dans le Bouddha », où dans une divinité quelquonque qui nous protègerait ; il s’agit de prendre refuge dans les qualités de Bouddha, et de tous les Bouddha, dont la qualité suprême est l’Eveil total et parfait. Lorsque nous prenons refuge « dans le dhamma », il ne s’agit pas de se réfugier dans une Doctrine, une pratique religieuse, mais bien d’être en accord avec l’ordre des choses, avec la Loi naturelle, ainsi que dans les Enseignements de Bouddha. Et lorsque nous prenons refuge dans le samgha, c’est au près des êtres qui ont au moins réalisé le premier niveau d’éveil, ainsi qu’au près de tous les êtres réalisés à travers le temps, représentants de l’excellence du dhamma.
Nous recevons des instructions et des conseils pour continuer l’entraînement à vipassana chez nous : Au moins une heure le matin et une heure le soir, en finissant par une méditation sur metta. Il serait vain de continuer sans la pratique de metta, dont les bienfaits permettent d’éviter le repli égoïste du méditant.
« Et ensuite, c’est le travail d’une vie », nous dit Goenka. Et lorsqu’il sera temps de mourir, c’est en pleine conscience et sans aucune peur que le yogi l’accepte. Goenka, cet homme est étonnant. Il nous raconte sa rencontre avec son maître, Sayagyi U Ba Khin, comment lui, Goenka, homme d’affaire très riche et très malheureux en est venu à pratiquer vipassana. Il raconte aussi comment, d’une prophétie qu’il prennait pour une vulgaire croyance, il en est devenu l’instrument. Cette prophétie annonçait, du temps de l’empereur Açoka, que la Doctrine de Bouddha disparaîtrait totalement de son pays d’origine et qu’elle réaparaîtrait 2500 ans après la mort de l’éveillé. Et c’est ce qu’il nous compte, lorsqu’il nous dit qu’il a réintroduit petit à petit la technique de vipassana en Inde, où elle avait complètement été oubliée. Il est tout à fait d’avis que le pur dhamma n’a été conservé (les paroles de Bouddha) et pratiqué (vipassana), de maître à disciple, qu’en seule terre du Myanmar (Birmanie).
Pour finir avec ce monsieur, une chose qui m’a vraiment touché est la vidéo d’un discours fait au siège des nations unies en 2000, lors du sommet mondial de la paix, réunissant de nombreux dirigeants religieux et spirituels. Il arrive très calmement, et salue toute l’assemblé. Puis, il explique simplement que les religions sont faites pour unir les gens et non pour les diviser. Il se dit pour la conversion, mais pour la conversion du malheur au bonheur, de la misère à la libération. En peu de mots, il explique la Loi naturelle du bonheur, de la purification, et comment en s’observant on peut se connaître réellement. Comment puis-je transmettre la paix et l’amour si je suis plein de colère et d’animosités ? Et pour finir, il lit l’inscription gravé sur le roc, due à l’empereur Açoka, qui incite à honorer toutes les religions.
Pour ma part, j’invite tous ceux qui souhaitent planter la graine du dhamma en eux, à participer à une retraite vipassana. Si vous pouvez vous rendre en Birmanie, c’est merveilleux. Il y a de nombreux centres qui sont prés à vous recevoir gratuitement. Si vous ne pouvez pas vous y rendre, et que vous avez dix jours de libre, je vous conseille d’aller dans un centre vipassana de S.N. Goenka, qui vous recevra gratuitement (il y en a un en France). Il existe également la possibilité de faire des retraites plus courtes, de trois ou un jour, dans d'autres lieux.
Voici quelques liens :
Sur vipassana :
http://dhammasukha.free.fr/biblio/MahasiInstructions.htm
http://www.dhammadana.org/vipassana.htm
Méditation en Birmanie :
http://www.ananda-travel.com/FR/bouddhisme_meditation_birmanie.htm
Vipassana Goenka en France:
http://www.french.dhamma.org/index.html
D’autres lieux en France :
http://www.centrebouddhique.net/contenu/cbi/cours.php
http://vipassanasangha.free.fr/retraites.htm
http://mhd-abt.club.fr/vivekarama/retraites.htm
http://www.vipassana.fr/miscellaneous/QuEstCeQueVipassana.htm
A suivre, pour un dernier récit sur les impressions d'après retraite...