Les sens du dhamma

Publié le par Langlais Pierre

L’homme est un animal curieux. Il cherche à comprendre les phénomènes grâce à ses sens. L’homme conçoit ce qu’il perçoit, analyse et regroupe les informations selon ses connaissances pour élaborer « la réalité ». Pour appréhender ce qui compose son monde, la vision extérieure prime sur la vision intérieure, ce qui est déjà un premier déséquilibre. Ce qui est perçu, avec la reconnaissance et l’interprétation devient « sa réalité », une création mentale. Celle-ci est relative aux capacités même dont dispose les êtres humains pour la concevoir. Le « réel » prend bien des formes selon l’individu.

Une simple fleur sera « belle » pour l’un, « bonne à manger » pour un second, ou « insignifiante » pour le dernier. Qui a raison ?Ce que nous percevons n’est ni la référence, ni l’unique façon de voir la réalité. La réalité, relative, est non seulement différente pour chaque humain, mais elle varie selon chaque être vivant.

Il existe cependant une réalité « absolue » qui elle, contient tous les phénomènes, du microcosmique au macrocosmique, elle fixe les règles de la vie, elle englobe la réalité « relative » avec ses interprétations, ses interférences, ses limitations.

         Quelle est la réalité que l’homme perçoit avec ses yeux ? Le monde environnant et ses phénomènes. Prenons un premier exemple de limitation dans cet environnement en comparant la vision humaine avec la perception d’un oiseau. Un oiseau peut percevoir des phénomènes qui sont beaucoup plus rapide. Il peut voir des choses qui sont invisibles pour l’homme. L’oiseau a donc accès à une réalité qui n’est pas disponible pour l’homme.

De même, pour l’odorat, l’homme n’est pas le champion. Le chien à une palette d’odeurs beaucoup plus importante. Et encore, impossible à l’homme de percevoir les ultrasons, ou de connaître les sensations du dauphin, autant de réalités qui ne sont pas percevables naturellement par l’homme.

Outre leurs cinq sens, les humains, ont une sixième faculté, l’activité mentale.

         L’activité mentale croît rapidement. Elle se développe durant une bonne partie de l’existence. Elle permet d’aborder le monde extérieur, ainsi que le monde intérieur, la connaissance de sa propre existence. Les créations que développe l’activité mentale sont un composant de l’univers, mais n’ont rien de permanentes. Elles apparaîssent et disparaîssent à chaque instant, sans cesse. Lors de la mort, elles donnent lieu au prochain moment de vie. Les seuls échos des formations mentales sont les actes qui en découlent et leurs répercussions. Ils sont conditionnant (sankhara), et façonneurs du «  réel ».

 

 

         Bouddha explique dans la coproduction conditionné, que la conscience prend racine dans l’ignorance. Quelle est cette ignorance ? La conscience est dans l’illusion de la durée des phénomènes, dans l’illusion qu’il y aurait une permanence. Alors le mental est également dans l’illusion, et pense qu’il existe réellement, de lui-même. Ceci est anatta, le sans essence, son ignorance est source de tous les conflits, de toutes les divisions. Les hommes cherchent toujours plus loin, tourné vers l’extérieur, une solution à leur malheur ou leur peine. Certains savent pourtant que bonheur et malheur viennent uniquement de l’intérieur de l’être.

 

         Les humains souffrent, de part le fait d’avoir un corps sensible, et de part le fait de l’ignorance première de la caractéristique des phénomènes, de l’impermanence de ceux-ci (anicca). Pour contre balancer la souffrance physique et mentale, nous cherchons à camoufler l’insatisfaction par la recherche et la mise en place de plaisirs, qui doivent être variés et renouvelés sans cesse. Tout les sens sont sources de plaisir et de jouissance, de désir et d’attachement. Il y a attachement au corps, à tout ce qui est vu, entendu, goûté, touché, senti. Ces perceptions amènent l’attachement aux sensations qui s’y rattachent, et l’attachement aux réactions que créent les sensations. Il y a attachement aux idées, attachement à l’image de notre « moi », puis aux objets qui deviennent « mon », « ma », et « mes ».

 

Cet attachement immense crée irrémédiablement dukkha (peine, douleur, insatisfaction, souffrance, stress, manque, lamentation, …) Il faut beaucoup d’énergie pour se détourner de la souffrance, pour la recouvrir temporairement d’un voile, puis d’un autre et d’un autre encore. Ils sont non seulement de plus en plus génant, mais n'ont en plus aucune utilité à long terme : Ils s’envoleront et laisseront apparaître la vérité nue, la vérité du corps, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Puis la vérité de l’esprit, impermanent et soluble, et la vérité du samsara, le cycle de vies.

 

Bouddha offre à tous le remède contre cette souffrance universelle.

 

Il offre le dhamma, la réalité de la nature, de l’action et des fruits de cette action, la vérité des phénomènes (changeant, sans-soi, insatisfaisants), la compréhension de ceux-ci par notre propre expérience et sagesse, grâce au mental purifié.

 Dès que l’esprit reconnaît un phénomène et qu’il le met dans une catégorie d’appréciation, commence la machinerie des formations mentales nuisibles. L’esprit corrompu par le désir s’aveugle lui-même. Il ne peut plus fonctionner correctement, il ne cesse de réagir, d’enclencher des réactions, des pensées et des actions physiques en conséquence. Est-il capable de rester dans le présent sans se projeter ailleurs ? Peut-il percevoir la réalité lors de ces processus ? Elle est forcément tronquée. L’être qui recherche la délivrance devra corriger son mental. L’être qui souhaite la libération totale doit filtrer les impuretés et s’en débarrasser. Ainsi il peut accéder à la cessation de tous les phénomènes, dans la paix du nibbana, à la totale purification et à la vie sainte. Mieux que tous sons, toutes mélodies, ou musique divine, le silence.

 

 

Voilà pourquoi les cinq agrégats d’attachements sont dukkha.

Voilà pourquoi l’esprit contrôle tout le reste, étant le « précurseur de toutes les choses ». Il est celui qu’il faut purifier, grâce à l’observation directe de la réalité. L’exercice de déconditionnement par l’attention et la concentration soutenues, l'observation neutre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans dhammapiti

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