Le moine et la divinité de l'étang

Publié le par Langlais Pierre






Il y avait un moine qui habitait dans une forêt et pratiquait la méditation au pied d’un arbre. Un jour qu’il se promenait, il longea un étang couvert de fleurs de lotus. Il sentit le parfum des lotus, son esprit en fut tout réjoui et il éprouva des sentiments d’affection. La divinité de l’étang lui dit : « Pourquoi as-tu abandonné le pied de ton arbre, l’endroit où tu étais assis en méditation, pour venir me voler mon parfum ? A cause de ton attachement aux parfums, les entraves qui dormaient en toi en sont toutes réveillées. »

         Au même moment, un homme arriva, entra dans l’étang, cueillit des lotus en quantité, arrachant les racines et les tiges, et s’en alla avec toute une charge. La divinité de l’étang garda le silence et n’eut pas une parole. Le moine lui dit : « Cet homme détruit ton étang, prend tes lotus et tu n’as pas une parole. Moi, j’ai seulement longé le bord de l’étang et dès que tu m’as vu, tu m’as insulté et reproché de voler ton parfum ! »

         La divinité de l’étang répondit : « Cet homme vulgaire et mauvais s’est toujours vautré dans le fumier des péchés et des souillures, plongé jusqu’à la tête dans l’impureté ; je ne m’entretiens pas avec lui. Mais toi, tu es un brave homme pratiquant la concentration ; cependant, en t’attachant aux parfums, tu détruis le bien qui est en toi ; c’est pourquoi je te fais des reproches. S’il y a une noirceur ou quelque saleté sur une étoffe blanche et immaculée, tous les hommes la remarquent. Mais ce mauvais homme est comparable à une noirceur sur un habit noir, que personne ne voit. Qui donc l’interrogerait ? »









Contes et paraboles du Bouddha, Choisis et présentés par Pierre Crépon

(D’après le recueil le livre des cents apologues et le Tripitaka chinois)
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Publié dans Extraits de livres

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