Jânussôni-sutta
Jânussôni-sutta
Ainsi ai-je entendu : C’était un jour d’Upôsatha. Ce jour-là, le brâhmane Jânussôni, ayant lavé sa chevelure, ayant revêtu deux pièces de tissu tout neuf, ayant une poignée d’herbes kusa vertes dans les mains, se tenait debout à un endroit non loin d’où se trouvait le Bienheureux.
Le Bienheureux vit le brâhmane Jânussôni qui était loin de lui, ayant lavé sa chevelure, […] ayant une poignée d’herbes kusa vertes dans les mains. Le Bienheureux lui demanda alors : « Pourquoi, ô brâhmane, dans ce jour d’Upôsatha, restez-vous debout ainsi, ayant lavé votre chevelure […] et ayant une poignée d’herbes kusa vertes dans vos mains ? »
Le brâhmane répondit : « Honorable Gôtama, aujourd’hui, c’est la fête de la Descente, selon les coutumes de la communauté des brâhmanes.
- Dites-moi, ô brâhmane, de quelle façon les brâhmane effectuent-ils cette Descente selon les coutumes de la communauté des brâhmanes ?
- Dans ce cas, honorable Gôtama, aujourd’hui, étant la date de la Descente, les brâhmane se lavent la chevelure. Ensuite, ils s’habillent avec avec deux pièces de tissu tout neuf. Puis ils imprègnent le sol avec de la bouse de vaches et ils répandent les herbes kusa vertes sur le sol. A la fin de la journée, ils se couchent entre la limite (vela : la limite rituelle) du terrain et la salle du feu. Pendant la nuit, ils se lavent trois fois et rendent hommage au feu avec les mains jointes, en récitant : « Nous descendons vers vous, ô votre sainteté ! Nous descendons vers vous, ô votre sainteté ! » En répétant ainsi, ils nourrissent le feu avec l’oblation du beurre fondu et du beurre frais. Le lendemain matin, ils servent les repas : les choses mangeables et buvables, aux brâhmanes. C’est de cette façon, honorable Gôtama, que la descente des brâhmanes est célébrée selon les coutumes de la communauté des brâhmanes.
- Evidemment, ô brâhmane, la Descente selon les coutumes de la communauté des brâhmanes est une chose, mais la Descente selon la discipline des êtres nobles est une autre chose !
- Dites-moi, honorable Gôtama, comment les êtres nobles effectuent-ils la Descente selon leur noble discipline ?
- Dans ce cas, ô brâhmane, écoutez, fixez bien votre attention. Je vais vous en parler.
- Oui, honorable Gôtama.
- Ô brâhmane, dans ce cas de la Descente selon la discipline des êtres nobles, le disciple noble réfléchit ainsi : « Le point de vue incorrect (micchâ ditthi, antonyme du point de vue correct, premier point de la Noble Voie Octuple) donne des mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne le point de vue incorrect ; il descend du point de vue incorrect. Ensuite, il réfléchit : « La pensée incorrecte donne des mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne la pensée incorrecte ; il descend de la pensée incorrecte. Ensuite, il réfléchit : « La parole incorrecte donne de mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne la parole incorrecte ; il descend de la parole incorrecte. Ensuite, il réfléchit : « L’action incorrecte donne de mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne l’action incorrecte ; il descend de l’action incorrecte. Ensuite, il réfléchit : « Le moyen de vie incorrect donne de mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne le moyen de vie incorrect ; il descend du moyen de vie incorrect. Ensuite, il réfléchit : « L’effort incorrect donne de mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne l’effort incorrect ; il descend de l’effort incorrect. Ensuite, il réfléchit : « L’attention incorrecte donne de mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne l’attention incorrecte ; il descend de l’attention incorrecte. Ensuite, il réfléchit : « La concentration incorrecte donne de mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne la concentration incorrecte ; il descend de la concentration incorrecte. Ensuite, il réfléchit : « La compréhension incorrecte donne de mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne la compréhension incorrecte ; il descend de la compréhension incorrecte. Ensuite, il réfléchit : « La délivrance incorrecte donne de mauvais résultats dans cette vie présente ainsi que dans la vie future. » En réfléchissant ainsi, il abandonne la délivrance incorrecte ; il descend de la délivrance incorrecte. C’est de cette façon, ô brâhmane, que la Descente est effectuée selon la discipline des êtres nobles. »
Enfin le brâhmane Jânussôni s’exprima : « Vraiment, honorable Gôtama, la Descente selon les coutumes de la communauté des brâhmanes et la Descente selon la discipline des êtres nobles sont deux choses différentes. En effet, la Descente selon les coutumes de la communauté des brâhmanes a seulement un seizième de valeur en face de la Descente effectuée selon la discipline des êtres nobles. C’est merveilleux, honorable Gôtama, c’est merveilleux. Comme si l’on redressait ce qui a été renversé, comme si l’on montrait ce qui a été caché, comme si l’on montrait le chemin à l’égaré ou comme si l’on apportait une lampe dans l’obscurité en pensant : « Que ceux qui ont des yeux voient les formes », de même, l’honorable Gôtama a rendu claire la doctrine de nombreuses façons. Alors moi, je prends refuge auprès du Bienheureux, auprès de l’enseignement (dhamma) et auprès de la communauté des disciples (sangha). Que le Bienheureux m’admette comme l’un des disciples laïcs à partir d’aujourd’hui jusqu’à la fin de ma vie, moi qui ai pris refuge en lui. »
Kusa : une sorte d’herbe.
Upôsatha : Jours qui portent ce nom ; quatre fois dans le mois.
Source : « Les entretiens du Bouddha » Môhan Wijayaratna.
Pour rendre ce sutta plus actuel, nous pourrions imaginer à la place de Jânussôni, chef d'une communauté de brâhmanes, le chef spirituel des Tibétains, le Dalaï-lama. Seulement la fin diffèrerai, car ce dernier conserve toutes ses vues et pratiques incorrectes, ainsi que ceux qui l'honorent. Mais j'espère que s'il entendait cette parole il aurait une réaction similaire à ce brâhmane.