La particularité de la tradition pâlie.
La particularité de la tradition pâlie. Par Môhan Wijayaratna.
Bien que les points fondamentaux de la Doctrine soient les mêmes pour toutes les écoles bouddhiques, il existait et il existe encore des différences notables entre les bouddhistes se référant aux textes pâlis et les bouddhistes des autres traditions.
La première est que ceux qui se réclament de la tradition pâlie donnent toujours la priorité au Bouddha historique, et non pas aux multitudes de Bouddha hypothétiques vivant dans divers cieux, ou à l'une ou l'autre Bôdhisatta-divinité. Dans leurs chapelles, c'est le Bouddha historique et ses reliques corporelles qui sont le premier objet de vénération. Ils n'ont jamais adhéré à la thèse des "trois corps" ni à un concept théiste tel qu'un Bouddha primordial (Âdi Buddha). Chez eux il n'y a pas non plus un Bouddha éternel tel qu'Amitâbha qui vit dans une Terre pure dite "Paschima Sukhâvati" (litt. la demeure de l'extrême bonheur). Simplement, ils vénèrent le Bouddha historique qui est venu de kapilavatthu, qui a atteint l'Eveil à Bodh-gayâ et enfin le parinibbâna (la cessation complète) à Kusinâra. Vénérer le Bouddha et ses reliques est un signe de respect, mais cette attitude n'a pas donné lieu à un culte du héros ni à un quelconque dévotionisme. Tous en vénérant le Bouddha, les bouddhistes qui respectent les textes pâlis sont conscients du fait que celui-ci n'existe plus, qu'il a atteint le parinibbâna (cessation complète), et que personne ne peut atteindre le nibbâna par la dévotion à l'égard du Bouddha ou grâce au culte rendu à ses reliques. Lorsque les bouddhistes parlent du Bouddha, ils utilisent toujours le passé : en disant "lorsque le Bouddha était vivant" ; "le Bouddha dit ainsi avant son parinibbâna", ect.
La deuxième particularité chez les bouddhistes suivant les textes pâlis est la priorité donnée aux paroles du Bouddha, mais non pas aux analyses ou aux déclarations de tel ou tel maître bouddhiste ancien, médiéval ou moderne. Dans les Ecritures canoniques, il existe de nombreuses discussions entre les disciples laïcs et les bhikkhus, mais dans ces discussions les participants mentionnent souvent: "Ainsi dit le Bienheureux" (vuttâ bhagavatâ) ou " Ainsi ai-je entendu" (evam me sutam).
De nos jours encore, les prédicateurs bouddhistes fidèles aux textes pâlis ne parlent pas en leur propre nom, mais ils présentent les choses selon les textes canoniques en se référant toujours au Corpus canonique. C'est pourquoi ces bouddhistes ne parlent pas de l'enseignement de tel ou tel bhikkhu ou de tel ou tel maître, mais de l'Enseignement du Bouddha.
La troisième différence entre ces bouddhistes et ceux des autres traditions est que les premiers ont été invités dès le commencement à traiter la Doctrine (dhamma) comme leur guide. A ce propos, le conseil du Bouddha dans le Mahâ-parinibbâna-sutta a une valeur significative. Quelque minute avant son dernier souffle, le Bouddha dit à l'Âyasmanta Ânanda : " [...] Il est possible que cette idée vienne en vous : "La parole du maître est quelquechose du passé. Nous n'avons plus de maître." Ô Ânanda, cela ne doit pas être vu ainsi. Il y a une doctrine enseignée et une discipline établie. Après mon départ, cette Doctrine et cette Discipline deviennent votre maître".
A ce propos, nous pouvons également citer le sermon intitulé Mahâpadesa-sutta dans lequel il est déconseillé d'accepter la parole d'un bhikkhu même très savant et vertueux sans juxtaposer son explication aux sermons et à la Discipline. [...]
Le résultat de ce type de conseils est que, dans le bouddhisme pâli, n'existe guère de place pour un culte du gourou. Il est vrai que dans les pays où le bouddhisme pâli est toujours vivant, il y a des maîtres qui enseignent la méditation et ceux qui font des prédications. Mais en aucune façon ils ne se présentent comme des bouddhas ou des émanations des anciens maîtres. Les maîtres sont respectés en tant que conseillers spirituels, mais eux et leur élèves ne sont que les disciples du Bouddha.
Dans ce bouddhisme-là, les fidèles laïcs hommes (upâsaka) et femmes (upâsikâ) sont également considérés comme disciples du Bouddha, mais non pas comme les disciples de tel ou tel maître bouddhiste.