La voie (dhammadana)

Publié le par Pierre Langlais

 

 

dæna

En pali, dæna veut dire don, donation, générosité. Le but de cette pratique est de se détacher, d'une part des possessions, de notre dépendance aux choses matérielles, et d'autre part des impuretés mentales grossières, comme le désir, l'avidité, la convoitise et la jalousie. Il ne s'agit donc pas de donner pour donner, ni de donner pour faire plaisir ou pour se faire plaisir. Il s'agit plutôt de se détacher, de s'entraîner à ne plus dépendre de, à développer des actions bénéfiques en soutenant matériellement les moines qui œuvrent pour réaliser et faire connaître cet enseignement (don de robes, de nourriture, de médicaments, de logement). Il s'agit aussi de donner à ceux qui sont dans le besoin pour réduire leur souffrance. On peut donner des objets, de la nourriture, des soins, mais on peut aussi rendre des services, donner de son temps, de l'écoute, de la compassion ou de la présence. D'une manière générale, l'entraînement au don, dæna, vise à accorder moins d'intérêt à son petit confort personnel pour mieux s'ouvrir à son entourage, pour mieux observer et mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Sur le plan du kamma, tout est une question d'état d'esprit. C'est donc la qualité d'un état d'esprit poussant à faire le don qui déterminera le kamma développé. C'est pourquoi il est important de pratiquer dæna avec attention, sans mesquinerie, en marquant soigneusement son geste, et aussi dans les situations où il est plus difficile de le faire. L'aboutissement du don étant de ne plus rien posséder, ainsi, de se consacrer à la voie du détachement et d'aider les autres à y parvenir également. Le don suprême étant le don du dhamma, en pali : dhammadæna.

Voilà donc pour le premier élément menant à la libération de dukkha.

 

søla

Le second, søla, est la conduite, la morale, la vertu. Il s'agit de développer une conduite propre, de s'entraîner à acquérir et à maintenir une tenue soignée, de demeurer honnête en toute situation. Cela est indispensable pour l'accroissement de la sagesse. La conduite est le fondement du chemin de la libération. Il n'est pas envisageable d'avancer d'un seul pas sur cette voie si le søla est négligé. Celui qui se préoccupe uniquement de suivre une conduite vertueuse, développera naturellement une certaine concentration, une certaine attention et une certaine sérénité. Le jour où il entreprendra un entraînement au satipa¥¥hæna, il ne rencontrera pas d'empêchements majeurs et sera très rapidement dans le bain.

Nous avons beaucoup de chance, car pour observer facilement une bonne conduite, en vue de développer un bon søla, Bouddha nous a tracé des pistes qu'il nous suffit de suivre. Certaines de ces pistes sont plus rapides que d'autres, mais elles vont toutes en direction de la libération. La piste de base, ce sont les cinq préceptes. Il s'agit de s'abstenir de tuer, de voler, de commettre des pratiques sexuelles illégales, de mentir et de consommer des substances intoxicantes. Cela peut paraître peu, mais ceux qui parviennent à tenir ces cinq préceptes bénéficient de bienfaits inestimables. Entre autres, ils sont assurés de ne pas renaître dans les mondes inférieurs lors de la prochaine renaissance, ils sont protégés des gros dangers et ont déjà fait la moitié du chemin jusqu'à la libération de dukkha ! En suivant ces préceptes, la positivité développée sur le plan du kamma est gigantesque, et l'influence bénéfique sur son entourage l'est tout autant. Imaginons un pays où l'intégralité de la population respecte la vie de tous les êtres, ne vole pas, demeure fidèle dans ses relations, ne ment pas et ne consomme ni drogues ni alcool. Cela se passe de commentaire…

À côté, il y a une autre piste un peu plus rapide, ce sont les huit préceptes : Respecter la vie, ne pas voler, éviter le plaisir sexuel, ne pas mentir, ne pas consommer d'intoxicants, ne pas manger après midi, ne pas se laisser aller aux distractions, ne pas se parfumer, ne pas se parer de bijoux, ni rien faire pour le but de soigner son esthétique, et ne pas jouir de meubles luxueux ou confortables. Que ce soit les cinq ou les huit préceptes, il est extrêmement bien de s'y entraîner, ne serait-ce que de temps en temps. On peut aussi s'y mettre petit à petit, en observant seulement certains d'entre eux par exemple, quitte à intégrer les autres un à un, le bon moment venu. Il est en tout cas décommandé de se forcer péniblement à suivre l'un ou l'autre de ces préceptes, cela ne pourrait alors pas être profitable. À plus forte raison, il ne faut jamais forcer quelqu'un d'autre à suivre l'un ou l'autre de ces préceptes. Cependant, il est toujours positif de présenter les avantages d'une telle démarche, mais pour ce qui est d'observer les préceptes ou pas, chaque personne doit faire comme bon lui semble.

Bien sûr, chacun est libre ensuite, d'améliorer son søla en travaillant sur les nombreux points qui ne sont pas inclus dans les préceptes mais qui pourront les compléter. Cela se fera en soignant ses comportements, en s'abstenant de choses futiles, ou en évitant des actions susceptibles d'entretenir l'avidité ou le désir.

Pour les autres pistes, nous avons la conduite des nonnes, qui se traduit par l'observance des huit préceptes, additionnés d'une douzaine de points supplémentaires. Ensuite, il y a celle des novices (sæmaŒera) qui respectent les dix préceptes, (il s'agit en fait des huit préceptes, dont le septième se divise en deux, ce qui en fait neuf, auxquels on ajoute un dixième : ne pas toucher ni posséder d'argent). En plus de ces dix préceptes, les novices sont tenus de respecter plus d'une centaine de points de discipline dont soixante-quinze figurent également dans la discipline des moines. Enfin, nous avons la conduite des moines (bhikkhu).

Justement, la perfection du søla est entièrement codifiée dans le vinaya, que tous les moines sont tenus de respecter, hormis les 13 pratiques ascétiques, qui, bien que facultatives sont grandement propices au détachement. Ce qui est appelé pætimokkha est l'ensemble des 227 principales règles du vinaya, qui comprend, bien entendu, les dix préceptes. Un laïc peut très bien s'entraîner au pætimokkha, mais s'il parvient à embrasser une telle conduite, cela voudra dire qu'il sera devenu moine. Dans ce cas, il serait complètement absurde qu'il ne prenne pas la robe, car comme chacun sait, c'est avant tout la conduite qui fait le moine et en aucun cas le vêtement. Nous dirons aussi que ce qui fait le moine, c'est la compréhension de la réalité, la sagesse, les réalisations. Toujours est-il, que sans le søla, il est vain d'espérer le développement de ces éléments.

Du temps de Bouddha, les premiers moines ayant rejoint le saµgha observaient une conduite impeccable, leur søla était pur. Le pætimokkha n'existait pas, il n'y en avait pas besoin. C'est seulement au fur et à mesure que des individus moins vertueux entraient dans le saµgha et commençaient à commettre des actes peu louables, que Bouddha établissait des règles en conséquence. Ainsi, les points du pætimokkha correspondent aux négligences qui nous écartent de la voie juste, celle de la libération.

 

bhævanæ

Une fois le dæna et le søla bien établis, il ne reste plus rien d'autre à faire qu'à s'entraîner au bhævanæ, jusqu'au bout. bhævanæ veut dire "développement de la concentration". Il existe deux types de concentrations : Le samatha samædhi et le khaŒika samædhi (samædhi signifiant "Limpidité du mental causée par une concentration profonde")

samatha

Le samatha samædhi est le résultat d'une concentration continue sur un objet unique. C'est un exercice difficile qui exige une détermination puissante et un silence complet. Cette méditation peut causer des sensations extatiques et des expériences peu habituelles qui peuvent se traduire par des sensations de luminosité, de légèreté et par une sérénité remarquable. Lorsqu'elle porte ses fruits, elle peut amener le yogø à expérimenter un ou plusieurs jhæna, qui sont des réalisations mentales de concentration pure, où les phénomènes physiques peuvent momentanément ne plus apparaître, selon le niveau. Au plus haut stade, des pouvoirs psychiques peuvent se développer (il semblerait, qu'à ce jour, il n'y ait presque plus d'êtres capables d'en parvenir là). Pour toutes ces raisons, ces pratiques font un très grand nombre d'adeptes à travers le monde et à travers diverses écoles religieuses. Néanmoins, non seulement les jhæna sont perdus dès lors que l'entraînement est interrompu, mais en plus, ils ne développent pas la sagesse et ne conduisent aucunement à la cessation définitive de la souffrance.

khaŒika

Au contraire, le khaŒika samædhi permet d'acquérir la connaissance juste de la réalité. Ce qui a pour conséquence le développement de la sagesse. Cette forme de concentration s'établit par une fixation de l'attention sur les phénomènes physiques et mentaux qui sont perçus, quels qu'ils soient. Il s'agit donc d'une concentration à répétition, qui s'approfondit grâce à la multiplication des instants d'application de l'attention sur les phénomènes.

L'entraînement consistant à développer le khaŒika samædhi s'appelle le satipa¥¥hæna. Dans le satipa¥¥hæna, nous sommes en contact direct et constant avec la réalité. Alors que dans l'entraînement au samatha, nous fixons notre esprit sur un support unique, tant et si bien qu'il est fabriqué artificiellement par le mental. Pour connaître la réalité, il n'y a rien d'autre à faire qu'à l'observer. C'est aussi simple que ça ! C'est tellement simple, tellement basique, tellement bête, que personne n'y avait songé avant Bouddha. Ce dernier nous enseigne que non seulement le satipa¥¥hæna est beaucoup moins difficile à développer que le samatha, mais il est le seul qui puisse mener à nibbæna, la cessation de toute souffrance. De plus, il n'est absolument pas nécessaire de développer le samatha pour débuter son entraînement au satipa¥¥hæna, ni même pour expérimenter nibbæna. Au contraire, dans la plupart des cas, une expérience de samatha s'avère comme un grand obstacle au satipa¥¥hæna.

 

 

 

Extrait de www.dhammadana.org

 

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Publié dans dhammapiti

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